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Cittaslow | Ces villes qui prennent une pause

25 mai 2020 par Hugues Lefebvre-Morasse, designer de l’environnement

MOUVEMENT COMMUNAUTAIRE

Les tendances de l’heure font de nos demeures des antidotes à la vitesse de nos vies, des refuges où y résister. Bien plus que des esthétiques pour nos intérieurs, le hygge danois (concept qui viendrait d’un mot norvégien voulant dire mûrement réfléchi) ou encore le wabi-sabi japonais (l’appréciation des choses imparfaites et du temps qui passe) sont en fait des philosophies de vie, des façons de voir le monde. Ces modes de vie nous appellent à prendre une pause et à contempler, pour mieux apprécier, mieux réfléchir et prendre de meilleures décisions.

Si ces principes sont « facilement » applicables à soi-même, sa famille, sa maisonnée, les intégrer dans notre vie collective ou en faire les moteurs de décisions pour notre bien commun semble quasi impossible. Pourtant, dans ce monde où tout va de plus en plus vite, couler dans le béton (aux sens propre et figuré) nos environnements collectifs et communautaires peut être périlleux. Un grand nombre de personnes auront ensuite à vivre avec les répercussions de ces décisions, et ce, pour très longtemps. Véritables dissidentes, 262 villes de moins de 50 000 habitants situées partout à travers le monde se sont regroupées et ont fait le choix d’agir ensemble pour contrer la frénésie urbaine. Elles offrent à leurs citoyens et leurs visiteurs un mode de vie où la lenteur est synonyme de qualité, de vitalité et d’écologie.

DE LA TOSCANE À LA MRC DU GRANIT

Ces 262 communautés, on les appelle les cittaslow. Cette appellation est née à la fin du siècle dernier, quand quatre petites citta italiennes, face à un flot incessant d’autocars touristiques et aux chaînes de restaurants qui venaient dans leur sillage, ont souhaité préserver leur couleur locale, leurs coutumes, leur gastronomie et leurs rues médiévales tranquilles. La dolce vita, quoi !

Mais attention, les villes qui adoptent la certification cittaslow ne font pas ainsi une croix sur le tourisme ou le développement économique ; lenteur n’égale pas oisiveté ! Au contraire, en s’inspirant du mouvement slow food né lui aussi en Italie, les cittaslow font le pari d’un développement urbain qui mise sur la qualité des aménagements, des infrastructures et des relations entre les citoyens. Un choix qui, oui, pourrait prendre plus de temps à planifier ou nécessiter des investissements plus importants à court terme, mais qui donne, à long terme, un résultat plus rentable, plus durable et surtout, plus agréable !

CITTASLOW / (DE L’ITALIEN CITTÀ, « CITÉ OU VILLE » , ET DE L’ANGLAIS SLOW, « LENT »)

Regroupement de communautés qui s’engagent à ralentir le rythme de vie de leurs citoyens afin de préserver leur qualité de vie. Cette qualité de vie s’inspire des nombreux concepts « slow », notamment celui du slow living.

À l’image des villages médiévaux perchés sur les montagnes italiennes, une cittaslow est une agglomération de moins de 50 000 habitants rassemblés autour d’un cœur villageois vibrant. On mise sur un centre-ville accessible, verdi, où il fait bon marcher, faire du vélo et célébrer la culture, la gastronomie et le patrimoine locaux, et qui renforce la vie communautaire et la solidarité intergénérationnelle. Dans ce lieu, on va à la rencontre de l’autre, de sa culture, de soi-même.

Au Canada, on compte quatre cittaslow, dont une au Québec, Lac-Mégantic. Lorsque la ville a dû planifier sa reconstruction à la suite du terrible accident de 2013, elle a procédé à une réflexion profonde sur l’avenir de son centre-ville. Des photos d’archives de l’ancien coeur de Mégantic révèlent que la ville possédait déjà, avant 2013, plusieurs qualités propres au slow urbanism. Le centre-ville était à la fois un lieu de services de proximité avec une bonne mixité commerciale et résidentielle, et un lieu de destination où l’on pouvait admirer la vue sur le lac ou se retrouver au maintenant tristement célèbre Musi-Café. L’idée de faire de Lac-Mégantic une cittaslow était ainsi non seulement un projet rassembleur, mais qui permettait aussi de conserver ce qui faisait de ce coeur un lieu vivant tout en propulsant la ville dans le 21e siècle. En effet, la certification ne fait pas que s’inspirer du charme des villes médiévales, elle invite également ses partenaires à répondre aux défis d’aujourd’hui, notamment sur les plans écologique et social.

Pour pouvoir obtenir leur certification, les villes doivent remplir un certain nombre de critères regroupés en sept catégories. S’y retrouvent bien sûr les grands principes urbanistiques de notre époque que sont la lutte à la pollution des eaux et de l’air, la gestion des matières résiduelles, la lutte à la dépendance au voiturage en solo et à l’emprise de l’asphalte sur les espaces publics. Mais où les cittaslow se distinguent vraiment, c’est lorsqu’elles invitent à un changement réel de la vie urbaine. Parmi les propositions les plus innovantes, on compte des mesures favorisant le télétravail, l’élaboration de plans de résilience face aux changements climatiques, la création de bureaux de la qualité architecturale, le développement d’offres régionales en soins de santé, la valorisation des métiers et techniques de travail traditionnels, la facilité d’accès aux zones agricoles ou encore le désenclavement de quartiers-ghettos, pour n’en nommer que quelques-unes.

SEULEMENT POUR LES RÉGIONS ?

Au milieu des années 2000, le mouvement cittaslow a tenté de rejoindre les grandes villes. Même si cette entreprise n’a pas été couronnée de succès et que le critère d’une population sous la barre des 50 000 habitants demeure, cette façon de voir la vie urbaine a tout de même de quoi inspirer nos métropoles. D’ailleurs, certains quartiers de Montréal, avec leur avenue commerciale comme les rues Ontario Est ou Wellington, n’ont-ils pas parfois l’allure de petits villages ?

De plus en plus, les grandes villes expérimentent l’urbanisme temporaire avant de figer une bonne fois pour toutes leurs nouveaux aménagements publics. Elles installent du mobilier de bois léger, malléable, que les citoyens peuvent s’approprier et déplacer, et organisent des consultations publiques et des séances de codesign entre population et professionnels. Toutefois, au-delà du bois de palette et des couleurs vives, ces moyens de faire la ville doivent dépasser la simple esthétique et devenir de véritables visions à long terme, un peu à l’image du hygge et du wabi-sabi, qui sont bien plus que des tendances déco. Pour une fois que l’inspiration part des régions vers les métropoles, et non l’inverse, célébrons le petit, le cozy et l’intime !

Virage cittaslow en bref

LA CERTIFICATION

La charte Cittaslow a été signée en 1999 par quatre villes italiennes. L’OBNL qui encadre la certification prévoit près de 70 recommandations et obligations variées. Elles couvrent notamment les technologies écologiques, la mise en valeur du patrimoine et le développement d’une démocratie participative. Afin d’obtenir la certification cittaslow, une commune ne doit pas dépasser 50 000 habitants et elle doit respecter au moins 50 % des critères définis dans la charte. Ce sont les administrations régionales et les conseils de ville qui s’occupent des démarches en lien avec la certification.

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