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Cinq livres qui transforment

4 septembre 2019 par Nicolas Gendron

TOURNER LA PAGE — Si « tout se transforme », comme l’aurait énoncé le chimiste Lavoisier, permettez-moi d’attirer votre attention sur cinq paroles féminines d’ici où la transformation s’opère, en douceur ou avec force, en elles ou en nous, mais toujours avec brio et cœur battant. De sa propre destinée à toute une société.

TRANSFORMER UN AMOUR
J’aime Hydro, de Christine Beaulieu (Atelier 10, 2017)

D’abord un succès théâtral hors du commun, qui a cumulé ce printemps plus d’une centaine de représentations, J’aime Hydro n’était pas programmé pour faire courir les foules : une pièce documentaire de plus de trois heures sur la relation qu’entre- tiennent les Québécois avec ce fleuron de l’énergie qu’est Hydro-Québec… Vraiment ? Non seulement le défi a été relevé haut la main, mais on en redemande, en bonne partie grâce au dynamisme contagieux de Christine Beaulieu, qui admet d’entrée de jeu sa méconnaissance de l’hydroélectricité. En menant une forme d’enquête citoyenne, de Montréal à la Baie-James, elle se penche sur les grands chantiers énergétiques d’hier et d’aujourd’hui, et croise sur sa route ingénieurs, politiciens et autres dragons de la télévision ! Avec un humour qui fait mouche, un réel sens de la vulgarisation et un parallèle engageant sur ses propres amours, l’artiste pose cette question essentielle : « Sommes-nous toujours maîtres chez nous ? »

TRANSFORMER UN REGARD
M.I.L.F., de Marjolaine Beauchamp (Somme toute, 2018)

Avec sa poésie qui désarme et enflamme, la performeuse Marjolaine Beauchamp ose, dans cette pièce chorale réunissant trois femmes au bord de la crise de mères, sonder le tabou liant maternité et sexualité. Au-delà de son titre aux relents pornographiques pleinement assumés, l’œuvre fait la part belle aux imperfections et contradictions de ce double rôle de femme et de maman, à la culpabilité qui s’y rattache comme au regard biaisé ou tronqué qu’on lui porte. Entre le post-partum qu’on avoue en criant (« J’répondais pus au téléphone, y’avait le monde dehors, mon monde en dedans, pis les deux étaient pas mélangeables. ») et une blind date qui vire au vinaigre (« J’ai deux kids, c’est ça qui m’a passé su’l’corps, mais on met pas ça tu suite dans une description de site de rencontre, han ? »), rien n’est tu. Ce sera sans nul doute libérateur pour les unes, confrontant pour les autres, mais les deux options valent mieux que se réveiller « la nuit dans un bocal d’angoisse ».

TRANSFORMER UN DEUIL
Ton absence m’appartient, de Rose-Aimée Automne T. Morin (Stanké, 2019)

Ex-rédactrice en chef du magazine URBANIA, chroniqueuse et communicatrice unique en son genre, aussi à l’aise à VRAK qu’à ICI Radio-Canada Première, Rose-Aimée Automne T. Morin a publié cet hiver son tout premier livre, au titre magnifique emprunté à des paroles du groupe français Feu! Chatterton : Ton absence m’appartient. Déterminée à mieux comprendre l’urgence de vivre que lui a léguée son père marginal, mort d’un cancer alors qu’elle avait 16 ans, celle qu’il aurait voulu appeler Fauve s’adonne ici à sa spécialité : tirer le portrait de « gens ordinaires aux parcours extra- ordinaires ». Elle tisse ainsi avec brio une vaste toile d’humanité entre son enfance hors-normes et celles, par exemple, d’une ancienne réfugiée laotienne, d’une victime collatérale d’expériences médicales ou d’un jeune homme destiné à la cécité. Entre secrets de famille et familles d’accueil, le ton n’est pas à la comparaison, mais au partage pur et simple, prolongé par les illustrations méditatives de Mathilde Corbeil, dont le talent profite aussi aux ouvrages cités de Beaulieu et de Beauchamp. « Tout est dans tout », comme dirait le philosophe.

TRANSFORMER UNE SOCIÉTÉ
Nos héroïnes, d’Anaïs Barbeau-Lavalette et Mathilde Cinq-Mars (Marchand de feuilles, 2018)

Capable de souffles romanesques (Je voudrais qu’on m’efface, La femme qui fuit) comme d’envolées filmiques (Le ring, Inch’Allah), Anaïs Barbeau-Lavalette trouve une nouvelle façon d’illuminer ses sujets, en proposant aux jeunes lecteurs – et à leurs aînés – une quarantaine de courts portraits de femmes inspirantes, figures de proue dans leur domaine et ayant lutté à leur façon pour l’évolution de la nation. Athlètes, artistes, scientifiques, politiciennes et femmes d’affaires y sont incarnées par les fines aquarelles de Mathilde Cinq-Mars. Ouvrage issu du discours de Barbeau-Lavalette lors de la Fête nationale de 2018 sur les plaines d’Abraham, autour des « femmes oubliées de notre histoire », Nos héroïnes se démarque par la richesse des horizons choisis, de La Bolduc à Dorimène Desjardins, en passant par Kateri Tekakwitha. Et pour rendre justice à notre Je me souviens, rien de tel que d’évoquer toutes celles qui, à l’instar de la botaniste Carrie Matilda Derick, nommée parmi les « 100 hommes (sic) de sciences les plus importants de la planète », ont trop longtemps vécu à l’ombre de l’histoire.

TRANSFORMER UNE DESTINÉE
Mon voyage en Amérique, de Kim Yaroshevskaya (Boréal, 2017)

Temple des souvenirs comme fenêtre sur l’âme, cet ouvrage donne à lire et à redécouvrir le talent de conteuse unique de la comédienne Kim Yaroshevskaya, la créatrice de l’inoubliable Fanfreluche. Puisant dans ses archives personnelles, la nonagénaire toujours aussi lucide et pétillante s’éloigne de la biographie traditionnelle pour partager quelques pans choisis d’une vie bien remplie. Elle y évoque entre autres sa Russie bien-aimée, qu’elle quitte à l’âge de 10 ans, le rapprochement drolatique entre Staline et le père Noël, la genèse de sa célèbre poupée, une rencontre marquante avec un vrai loup de contes et « un moment de grâce » vécu sur le tournage de Passe-Partout. Et si les États-Unis ne lui avaient pas « dit non » ? Et si sa vocation tirait sa source d’un mensonge d’enfance ? Il suffit de si peu pour faire tourner le vent. Et dans chaque ligne, on perçoit cet œil rieur qui s’anime.