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Il y a dans l’air du temps une injonction à la perfection, une quête incessante du nouveau qui nous laisse parfois essoufflés. Propulsé par le défilement infini des intérieurs impeccables sur nos écrans, un désir de perfection et d’uniformité s’installe. Cette course au « tout nouveau, tout propre » nous pousse à polir nos propres vies, nos propres espaces, jusqu’à en effacer toutes traces du temps qui passe. Dans ce tourbillon, nos intérieurs et nos villes risquent de perdre une partie de leur âme et de cette chaleur qui ne peut naître que de l’usure et des souvenirs. Face à cette pression, un besoin de lenteur se fait sentir; le besoin de retrouver des lieux qui nous autorisent à être entourés d’une beauté qui a eu, tout simplement, le temps de mûrir.

L’USURE COMME MÉMOIRE VIVANTE

Le « bon goût », comme un grand balancier, oscille d’une décennie à l’autre. Ce qui était hier le comble du chic devient aujourd’hui désuet, avant de renaître, peut-être, sous l’étiquette de « vintage ». Cette danse des modes est naturelle, mais notre époque l’a accélérée à l’extrême. La peur d’être dépassé est devenue un puissant moteur de consommation qui se traduit, en architecture, par une frénésie de rénovations. On arrache les boiseries audacieuses et les céramiques texturées pour effacer le caractère d’une époque jugée « laide ». Plus souvent qu’autrement, on envoie ainsi des matériaux nobles au dépotoir pour les remplacer par des matières plastiques et bon marché.

Ce cycle n’est pas nouveau : au fonctionnalisme parfois froid du mouvement moderne a répondu l’exubérance ludique du post-modernisme des années 80. Puis, le balancier est reparti vers un néo-modernisme épuré. C’est dans ces va-et-vient, il y a une quarantaine d’années, alors que l’on démolissait les icônes modernes, que des mouvements tels que DOCOMOMO (Documentation et conservation du mouvement moderne) sont nés pour protéger ces bâtiments à l’histoire récente. Aujourd’hui, l’histoire se répète, ici comme à l’international, alors que le néo-modernisme montre des signes d’essoufflement et que ce sont les grands témoins du post-modernisme qui tombent sous les pics des démolisseurs. La question se pose : un « DOCOPOMO » verra-t-il le jour juste à temps pour que nous prenions conscience de la valeur de ce qui est en train de disparaître? Pourrions-nous ainsi éviter de regretter, une fois de plus, d’avoir effacé la richesse de notre propre histoire?

« Pourrions-nous ainsi éviter de regretter, une fois de plus, d’avoir effacé la richesse de notre propre histoire? »

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L’EXEMPLE DU MAC

Le Musée d’art contemporain de Montréal (MAC) était l’un de ces lieux à la personnalité forte, presque têtue. Pendant 30 ans, il s’est offert comme un condensé de paysage urbain au cœur du Quartier des spectacles. Tel un collage, ses volumes assemblaient les formes archétypales de la ville : des pignons de maison, une rotonde, une colonnade et des volumes quadrillés qui rappelleraient une skyline. Un motif carré omniprésent unifiait le tout, de la grille des façades jusqu’aux lanterneaux, dans des rythmes, des formes et des matériaux qui reprenaient la palette de la Place des Arts. Cet ensemble formait une toile de fond spectaculaire pour les grands festivals de la métropole, une sorte d’urbanité mise en scène. Culminant par l’œuvre lumineuse La Voie lactée de Geneviève Cadieux, qui reprend la forme d’un panneau publicitaire, les points de vue offerts sur le MAC ne craignaient pas d’être ludiques et expressifs.

Sa transformation actuelle, bien que nécessaire sur le plan technique, illustre ce désir de notre époque de lisser les aspérités. En démolissant des éléments aussi iconiques que la rotonde et les façades à pignons, on efface une grande partie de ce qui donnait au MAC son originalité.

On remplace ses textures par une élégance plus discrète, une superposition de prismes de verre lisse qui, bien que sobre, semble interrompre le dialogue qu’entretenait son prédécesseur. Si le MAC original avait su s’intégrer à son contexte malgré son style distinct, le nouveau projet paraît s’en détacher.

Cette solution semble témoigner de l’épuisement d’un néo-modernisme devenu une réponse trop facile, telle une prolifération de « Apple stores » minimalistes. C’est une esthétique internationale, mal adaptée à notre climat et parfois indifférente à son environnement, qui a perdu son caractère innovant, à force de répétitions. Sans juger de la qualité finale du projet, qui est toujours en construction, on peut néanmoins ressentir une forme de nostalgie pour ce qui est lentement en train d’être rasé sous nos yeux : non pas un simple bâtiment, mais un fragment de notre mémoire collective.

Le coût de cet oubli est plus élevé qu’il n’y paraît, et le cas du MAC n’est pas isolé. En diagonale, la façade rythmée et colorée du Théâtre du Nouveau Monde, signée Dan Hanganu, a elle aussi cédé sa place à un cube plus générique et monochrome. La toiture-lanterne en forme de livre ouvert, qui recouvrait le restaurant du théâtre, s’est éteinte définitivement, et avec elle, une petite partie de ce qui donnait une ambiance de fête à ce quartier historique.

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CULTIVER LA CURIOSITÉ

En uniformisant nos villes, en remplaçant systématiquement ce qui est démodé par un minimalisme passe-partout, nous appauvrissons nos environnements quotidiens. Ici comme ailleurs, nous sommes en train de perdre la diversité des styles qui rend une promenade en ville si stimulante et nous effaçons des strates de l’histoire de l’architecture. La question du patrimoine récent se pose alors avec acuité : à quel moment un bâtiment cesse-t-il d’être simplement démodé pour devenir un témoin à préserver?

Cultiver un regard nouveau sur ce qui est aujourd’hui jugé « laid » peut être confrontant, mais peut aussi nourrir de petites révolutions. Il s’agit d’apprendre à voir la beauté en dormance qui se cache dans ce qui nous entoure. C’est choisir de réparer plutôt que de remplacer, de redécouvrir plutôt que de rejeter. C’est une forme de curiosité bienveillante qui nous invite à ralentir et à apprécier la profondeur plutôt que la surface, car un lieu qui a une histoire nous aide à construire la nôtre. En prenant le temps de retomber en amour avec nos espaces, nous ne faisons pas que préserver le passé, nous nous offrons un présent plus riche et un avenir plus durable.

« Un lieu qui a une histoire nous aide à construire la nôtre. »

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Photos : © Justine Dorval


Sources

Chupin, J.-P. (2018, 17 avril). « Un modernisme élégant au secours d’un postmodernisme désuet. » Catalogue des concours canadiens. https://www.ccc.umontreal.ca/fiche_concours.php?lang=fr&cId=497

Hénault, O. et Vanlàthem, F. (1984). « Le concours du Musée d’art contemporain : un constat. » Section A, 2(2), 10-17.

Mortice, Z. (2024, 20 mai). « Revisit: James R Thompson Center in Chicago, US » by Helmut Jahn. The Architectural Review. https://www.architectural-review.com/essays/revisit/revisit-james-r-thompson-centre-in-chicago-us-by-helmut-jahn

Saraniero, N. (2024, 26 janvier). « New Yorkers Mourn the Loss of 60 Wall Street Atrium with a Funeral Procession Through Manhattan. » Untapped New York. https://www.untappedcities.com/60-wall-street-atrium-funeral/

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