Dans un même ouvrage, mêler données scientifiques probantes et créativité culinaire éprouvée : telle est la recette unique de Mange ta vie, un livre gourmand et vivant qui attise le plaisir de cuisiner, tout en misant sur le bien-être et la longévité en santé. Fruit des talents conjugués d'Anne-Julie Tessier (chercheuse en nutrition) et de Catherine St-Laurent (comédienne), il rassemble astuces et recettes inspirées. Rencontre avec ses co-autrices, dans un dialogue aussi savoureux qu’instructif.
Bonjour, Catherine. Comment est née ta passion pour la nourriture?
CATHERINE ST-LAURENT : « C’est un résultat de la pandémie, où je me suis mise à voir ma cuisine comme un laboratoire d’apprentissage. Certains sont tombés dans le levain et la passion du pain. Moi, ça a été la cuisine : apprendre les principes fondamentaux, imaginer des plats. En regardant la chaîne YouTube du magazine américain Bon Appétit, je suis tombée en amour avec le processus de création de recettes. J’aimais déjà la bouffe, j’aimais manger, mais j’ai eu envie de créer et d’arriver à de beaux résultats, colorés et variés. »
Bonjour, Anne-Julie. Comment une chercheuse est-elle devenue amie avec une comédienne, au point de créer un livre ensemble?
ANNE-JULIE TESSIER : « Durant mon postdoctorat à Harvard, j’ai écrit une publication scientifique sur l’alimentation et le vieillissement en santé, en me disant que les axes traités feraient de beaux chapitres de livre. Je suis Catherine sur les réseaux depuis longtemps, je la trouve inspirante. Elle publiait de plus en plus de contenus culinaires. Je lui ai simplement envoyé un message pour lui soumettre l’idée. À ma grande surprise, j’ai reçu un “oui” immédiat! »
Plutôt que d’enlever à notre alimentation, vous préconisez l’ajout d’aliments aux vertus variées. On parle ici de bonifier plutôt que de restreindre. Que peut-on ajouter à notre assiette, pour la rendre appétissante et équilibrée?
A.-J. T. : « Souvent, la réponse, c’est une portion additionnelle de légumes. Une assiette équilibrée devrait être composée pour moitié de fruits et de légumes, ce qui est une grande proportion. On peut aussi y ajouter des noix, des graines, des légumineuses… Plus l’assiette est variée, plus on multiplie les nutriments. »

Anne-Julie et Catherine en cuisine.
Photo : © Lawrence Fafard
Pourquoi les légumes sont-ils si extraordinaires?
A.-J. T. : « Selon leur couleur, les légumes sont associés à une famille de polyphénols, aux propriétés antioxydantes. Ils contribuent à réduire l’inflammation, en cause dans le déclin cognitif ou l’apparition de certaines maladies chroniques. Ensuite, ils contiennent des vitamines, des minéraux, des fibres. D’ailleurs, au Québec, on consomme trop peu de fibres. Elles sont présentes dans les produits céréaliers, c’est vrai, surtout dans ceux pourvus de grains entiers, mais il ne faut pas négliger l’apport que fournissent les légumes et les légumineuses. »
En nutrition, les tendances sont nombreuses. Dans l’industrie alimentaire comme dans les médias, on focalise actuellement sur les protéines. Comment l’expliquer?
C. S.-L. : « On est dans une ère de performance, de gym axée sur l’image, et on s’est rentré dans la tête qu’un corps musclé exige de manger des protéines à longueur de journée. Mais le corps est intelligent : si on en mange trop, il évacue le surplus. Il ne se fait pas une petite poche de protéines de poulet pour le lendemain (rires)… »
A.-J. T. : « La réserve de protéines, ce sont nos muscles, mais une fois qu’on atteint un certain seuil, le corps les évacue. En Amérique du Nord, on consomme déjà beaucoup de protéines, donc c’est inutile d’aller au-delà de la portion quotidienne recommandée. »
Se nourrir semble être devenu un travail à temps plein : vérifier si le produit est de source naturelle ou s’il est transformé, s’il contient du sucre ou du sel en excès, consulter la loupe nutritionnelle sur les emballages des aliments, etc. Manger s’apparente à une charge mentale!
A.-J. T. : « On évoque cette question dans le livre, en soulignant que notre rapport à l’alimentation produit un effet bidirectionnel. Les études démontrent qu’une alimentation équilibrée est bénéfique pour la santé mentale. Par contre, on aura beau manger sainement tout le temps, si, en contrepartie, on se met énormément de pression pour y arriver, on en ressentira de l’anxiété et on ratera ainsi l’objectif visé. »
Tous les aliments transformés sont-ils nocifs et à éviter?
A.-J. T. : « On parle davantage d’aliments ultra-transformés, qui ont pour caractéristique commune d’avoir été profondément modifiés par rapport à leur origine, c’est-à-dire qu’ils contiennent des additifs et des composés absents de notre garde-manger. Mais il est important de comprendre que tous ces aliments ne sont pas équivalents, cette catégorie étant très hétérogène. Un pain de boulangerie est un aliment ultra-transformé au même titre qu’une boisson gazeuse, pourtant les deux ne sont pas comparables en termes d’effets sur notre santé. Cela dit, consommer une boisson gazeuse de temps en temps n’a rien de dramatique. Ça n’affectera pas notre longévité en santé. Tout est question d’équilibre. »

Fromage cottage et légumes de fin d'été.
Photo : © Sylvie Li
Vous avez choisi de ne pas inclure de viande rouge dans vos recettes. Pourquoi?
A.-J. T. : « D’abord, les charcuteries ont été reconnues comme étant un aliment à mettre de côté. En ce qui concerne les viandes rouges, on sait qu’une consommation plus élevée entraîne un risque accru de maladies cardiovasculaires et de diabète de type 2. Elles procurent toutefois une intéressante qualité de protéines, ainsi que du fer. Dans notre cas, nous avons choisi de mettre de l’avant la volaille, le poisson, ainsi que des protéines végétales, comme le tofu et les légumineuses. La viande rouge n’est pas à bannir absolument, mais on peut faire des substitutions, en la remplaçant de temps en temps. »
Manger pour prévenir l’apparition de maladies et favoriser notre santé est un privilège : de nos jours, les aliments sains sont souvent plus coûteux que les aliments ultra-transformés. Quels seraient vos conseils pour minimiser les coûts tout en choisissant des produits sains?
A.-J. T. : « En remplacement du produit frais, on peut favoriser des légumes ou des fruits congelés. La congélation s’effectue trois heures après la récolte, ces produits sont donc au sommet de leur profil nutritionnel. Les produits en canne sont aussi intéressants. En ce qui concerne l’huile d’olive, on n’a pas besoin de la choisir extra-vierge, on peut opter pour une huile d’olive régulière. L’huile de canola, moins chère, est aussi une option intéressante, avec en prime un point de fumée élevé, parfait pour cuisiner. »
C. S.-L. : « L’alimentation en vrac est une astuce que j’ai beaucoup intégrée ces dernières années, pour éviter de perdre des aliments. Admettons qu’on veuille faire une recette avec du sarrasin rôti. Si on ne sait pas comment incorporer cet ingrédient dans d’autres plats, un sac de sarrasin à 10 $ n’est probablement pas la bonne option. Acheter en vrac la juste quantité nécessaire évite le gaspillage et coûte moins cher. »
En puisant dans votre livre de recettes Mange ta vie, quel changement pouvons-nous adopter dès aujourd’hui? Que mettre dans notre assiette pour favoriser notre longévité en santé?
C. S.-L. : « Des légumes (rires)! Un petit changement peut faire une grande différence. Disons que, tous les mardis, tu manges des tacos. Peut-être que mardi prochain, tu peux manger des tacos avec une salade à côté. Un jour à la fois, un pas à la fois. Les changements drastiques ne fonctionnent jamais, pour personne. Ce n’est pas durable. Se donner le temps, intégrer des modifications avec souplesse et sur la durée, je pense que c’est la clé. »