Recevoir des amis à la maison est l’une de mes activités préférées. J’aime planifier un menu, cuisiner avec mes ingrédients chouchous, choisir la musique, sortir une belle nappe et ma collection de vaisselle de seconde main. Malheureusement, je ne reçois pas souvent, vraiment pas assez souvent à mon goût. Parce que je suis trop occupée, trop fatiguée. Après des semaines chargées au travail, j’ai davantage envie de passer mes rares soirées de congé en mode self-care avec un masque hydratant pour le visage, un bol de soupe et une série télé que j’écoute en rafale. Mais même si ces soirées de détente me font du bien, je sens aussi qu’elles me laissent sur ma faim.
Quand j’étais enfant, mes soirées préférées étaient celles où des amis ou de la famille débarquaient un peu à l’improviste et restaient à souper, « à la bonne franquette » comme disait ma mère. On décongelait une sauce à spag, on sortait les chaises pliantes, on jasait et on riait fort. Les plats n’auraient pas gagné de compétition gastronomique, mais l’important, c’était d’être ensemble.
Maintenant que c’est à mon tour d’être adulte, à l’heure des médias sociaux et des vies qui vont vite, j’ai l’impression que recevoir n’est plus une activité que l’on prend autant à la légère. L’impression de devoir performer nous décourage de le faire aussi souvent qu’à une certaine époque. Et comme ça devient plus rare, chaque occasion vient avec encore plus de pression. On est coincé dans un cercle vicieux qui fait que l’on voit notre monde de moins en moins, et qui peut donc certainement contribuer à un sentiment d’isolement.
« L’art de simplement inviter quelqu’un pour un thé ou un café, en matinée, en après-midi ou en début de soirée semble s’être perdu… »
Selon un rapport publié par Statistique Canada en juin 2025 à partir de données récoltées en 2022 dans l’Enquête sur l’emploi du temps, on voit moins nos amis qu’avant. En 1986, une personne sur deux voyait un ou des amis dans une journée typique. En 2022, c’était environ une personne sur cinq. Plusieurs facteurs peuvent expliquer ce phénomène, notamment les exigences du travail, l’éloignement géographique et aussi l’omniprésence des médias sociaux, qui nous permettent d’avoir des contacts sociaux sans que ça ne se fasse en personne. Des facteurs économiques pourraient aussi entrer en ligne de compte : le terme « amiflation », ou friendflation, a vu le jour en 2025, dans un article du quotidien Financial Times, pour décrire le coût plus élevé de nos amitiés, qui s’expliquerait par l’augmentation du coût de la vie combinée à des attentes sociales élevées. Selon un sondage commandé par Grant Thornton en 2025, 40 % des Canadiens auraient manqué des occasions de voir leurs amis en raison du coût de la vie. Et si une partie de la solution était de recommencer à se recevoir à la bonne franquette?

Photo : © Steffen Lemmerzahl
UN MUSCLE À ENTRAÎNER
UNE JASETTE AUTOUR D’UNE BOISSON CHAUDE
L’art de simplement inviter quelqu’un pour un thé ou un café, en matinée, en après-midi ou en début de soirée semble s’être perdu, mais on gagnerait à le redécouvrir. En plus du café, du thé et des tisanes, on peut avoir à disposition dans l’armoire une variété de boissons végétales avec lesquelles préparer des lattes réconfortants. Si on veut aller plus loin, on peut prendre l’habitude, lorsqu’on cuisine des desserts comme des pains-gâteaux, des tartes ou des muffins, d’en congeler quelques portions individuelles qui seront prêtes à être réchauffées.
UN APÉRO (AVEC OU SANS ALCOOL!)
Qu’il s’étire ou non dans la soirée, autour d’un îlot de cuisine ou d’une table basse dans le salon, l’apéro reste un moment privilégié pour connecter, avec ou sans alcool. Lorsqu’on déconstruit la croyance selon laquelle on doit toujours consommer de l’alcool dans les activités sociales, on peut être enclin à en planifier plus régulièrement, même un soir de semaine. J’aime avoir sous la main une variété de bières sans alcool, que je sers agrémentées d’un trait de jus d’agrumes, ainsi que de l’eau pétillante, que je propose avec des herbes, des gouttes d’amers aromatiques, des sirops ou même des ingrédients salés, comme du jus de cornichon ou de la saumure d’olive.
Pour grignoter, j’aime combiner une variété d’aliments salés : des lupins en saumure servis avec des olives; des edamames écossés surgelés, simplement réchauffés au four à micro-ondes et agrémentés avec du sel et des épices; des noix rôties quelques minutes à la poêle ou au four; ou encore, du houmous maison ou du commerce présenté dans une jolie assiette avec un trait d’huile d’olive ou de chili crisp et des croustilles ou craquelins.
UN SOUPER DE SEMAINE
Un souper n’a pas besoin d’être trois services (et n’a pas besoin de contenir de l’alcool non plus!). On peut choisir un plat simple et, si on le souhaite, mettre un peu d’effort dans la présentation.
Pour un repas convivial, au lieu de dresser des assiettes individuelles, j’aime mettre mes préparations dans de grands plats de service, que je dépose sur la table pour que chacun puisse se servir. On peut choisir de sortir notre plus belle vaisselle, en gardant en tête que les assiettes et les bols dépareillés ont aussi leur charme. Et finalement, pour transformer un plat de semaine en un plat un peu plus mémorable, on peut miser sur des garnitures fraîches ou acidulées, comme des herbes, des marinades ou des tranches d’agrumes, ou encore croustillantes, comme des oignons frits, des noix grillées ou des croustilles émiettées. Avec cette approche, même les restants de la veille peuvent avoir leur place!

Photo : © Karolina Grabowska
JOINDRE L’UTILE À L’AGRÉABLE
Si on manque de temps pour recevoir, on peut combiner cette activité avec une tâche qu’on ferait de toute façon, comme de la meal prep (préparation de repas à l’avance) : assembler des gyozas à congeler, faire des muffins et des collations, cuisiner une grosse lasagne à portionner pour les lunchs, ou même laver et préparer les légumes pour la semaine.
Ça peut se faire un dimanche, où on cuisine une partie de l’après-midi avant de partager un repas ensemble, ou même un soir de semaine en mode apéro qui ne se termine pas trop tard. En bonus, on pensera aux personnes avec qui on a cuisiné chaque fois qu’on mangera une portion au cours de la semaine.
Dans la culture dans laquelle nous évoluons, il peut être difficile de se donner un objectif, comme « recevoir plus souvent », sans glisser vers la performance, en essayant de se dépasser chaque fois. Pour éviter de tomber dans ce piège, je pense qu’il est essentiel d’en parler, de le nommer. Peut-être même de se donner le défi, avec nos proches, de se recevoir à tour de rôle sans avoir fait de grand ménage avant et sans menu élaboré. De jouer avec le concept, de rire quand on se trompe, et de vraiment redécouvrir les joies de la bonne franquette.
Sources
Statistique Canada. (2025, 17 juin). La contrainte de temps et le temps passé avec des amis au cours des 30 dernières années. Le Quotidien. https://www150.statcan.gc.ca/n1/daily-quotidien/250617/dq250617d-fra.htm
Grant Thornton Debt Solutions. (s. d.). The rising cost of friendship in Canada. https://gtdebtsolutions.com/en/debt-help-resources/articles/article-the-rising-cost-of-friendship-in-canada/