Douleurs au dos, boules au ventre, maux de tête, troubles digestifs, problèmes de peau, fatigue inexpliquée… voici quelques-uns des symptômes fréquents de somatisation. En effet, les émotions que nous ressentons (et parfois, que nous refoulons ou mettons de côté) peuvent se refléter physiquement.

La somatisation est l’expression physique d’une souffrance, d’un stress ou d’un conflit interne. Autrement dit, le mal-être et les émotions se traduisent en douleur ou en symptômes dans le corps.

LE CORPS COMME SYSTÈME D’ALERTE

Le corps et les émotions sont en connexion permanente. Le cerveau gère à la fois les émotions, le système nerveux, les hormones et une partie du système immunitaire notamment. Quand une émotion est intense ou refoulée, elle circule dans tout le corps via le système nerveux, les hormones du stress, les tensions musculaires, l’inflammation, etc. Le corps est ainsi un messager de ce qui est traité émotionnellement (et de ce qui ne l’est pas!).

Lorsque des émotions difficiles sont vécues, notre corps s’active pour se mettre en mode alerte : accélération du rythme cardiaque, respiration rapide, contraction des muscles, digestion sur pause et libération de cortisol et d’adrénaline. Ces réactions physiologiques sont très utiles à court terme pour se mobiliser face à une situation difficile.

Cependant, lorsque cet état émotionnel devient chronique, le corps demeure en tension et des symptômes physiques persistants peuvent apparaître. Par exemple, le stress chronique peut augmenter l’inflammation; les tensions musculaires prolongées peuvent créer de réelles douleurs; le cortisol peut influencer le sommeil et la digestion; et le système immunitaire peut être affecté.

Il ne faut pas voir le symptôme physique comme une punition ou un ennemi. Il s’agit plutôt du corps qui tire la sonnette d’alarme émotionnelle et qui dit : « Stop, quelque chose ne va pas, écoute-moi. »

Nous avons cependant souvent tendance à négliger les messages reçus. Nous continuons de couper dans nos heures de sommeil, nous minimisons l’impact de nos symptômes, attendons pour consulter, ou traitons le symptôme uniquement sur le plan physique sans chercher à comprendre si le stress ou notre contexte de vie pourrait en être la cause.

L’ÉNERGIE PARTAGÉE ENTRE LE CORPS ET L’ESPRIT

Réguler nos émotions demande aussi de l’énergie. Nous avons une réserve d’énergie limitée à travers laquelle nous puisons afin de fonctionner au quotidien, que ce soit pour faire un effort physique, une tâche cognitive, pour prendre des décisions ou encore pour supprimer une émotion. C’est donc dire que lorsque nous pigeons dans notre réserve pour réguler nos émotions, nous avons ensuite moins d’énergie pour faire face aux autres demandes du quotidien. Cela peut éventuellement mener à un épuisement.

POURQUOI CE SYMPTÔME?

Il n’existe pas de classification universelle validée indiquant pourquoi un organe sera touché plutôt qu’un autre en contexte de somatisation. Prudence, donc, face aux tableaux de signification.

Le symptôme est individuel, propre au corps de chacun. Certains facteurs pourraient toutefois orienter la localisation du symptôme dans le corps.

  • Les zones physiques déjà fragilisées (en raison d’un facteur génétique, d’un ancien trauma ou d’une blessure, par exemple) offrent un terrain plus propice au développement de symptômes.
  • Les organes très innervés, comme l’intestin, la peau ou le cœur, possèdent plus de capteurs sensoriels (pour ressentir la douleur, la pression, les fluctuations de température), envoient plus de signaux vers le cerveau et sont plus sensibles aux légères variations dans le corps. Les symptômes sont ainsi potentiellement plus facilement perçus.
  • Les systèmes sensibles au stress, comme les muscles et l’intestin, développent plus facilement des symptômes (par exemple des douleurs cervicales ou dorsales), notamment parce qu’ils réagissent rapidement aux hormones de stress et que l’activation en permanence des mécanismes conçus pour l’urgence, et non pour le long terme, crée une hyperréactivité.

En somme, le symptôme apparaît là où le terrain est le plus réactif.

« Le corps s’adapte à ce que l’esprit n’arrive pas à contenir. »

ÉCOUTER LES SIGNAUX DU CORPS

Voici quelques pistes pour tendre peu à peu l’oreille aux messages d’avertissement que nous envoie notre corps.

APPRENDRE À REPÉRER LES SIGNAUX

Nous passons trop souvent à côté des signaux que notre corps nous envoie, absorbés par le pilote automatique qui nous empêche de nous arrêter pour les ressentir réellement. Développer une routine de pause, même de quelques minutes, nous aide à sortir de ce mode automatique et à créer des moments où nous pouvons prendre conscience de ce qui se passe dans notre corps.

C’est là que les techniques de pleine conscience prennent tout leur sens. Qu’est-ce que je ressens, ici et maintenant? Épaules tendues, mâchoire crispée, bas du dos sensible… L’essentiel est d’entrer d’abord en contact avec notre corps, avant même de chercher à nommer les émotions qui l’habitent.

METTRE DES MOTS SUR CE QUE JE RESSENS

Redonner une voix là où le corps crie. Ma « boule au ventre » ou « ma gorge nouée », j’essaie de les faire parler. En essayant de nommer mes sensations, mes émotions.

Pas besoin de chercher à trouver le mot exact. Le simple fait de s’y intéresser et de tenter de verbaliser est déjà énorme pour apprivoiser le monde émotionnel. Pour s’aider, on peut écrire ce qui nous passe par la tête, en parler avec nos proches ou encore consulter un professionnel de la santé mentale au besoin, afin de mieux mettre des mots sur notre ressenti.

MISE EN SENS PROGRESSIVE

  • Réfléchir au lien potentiel entre nos symptômes et les évènements de notre vie. On explore, sans forcer. Par exemple, j’ai mal au ventre avant mes rencontres au travail. Ou encore, j’ai mal à la tête quand je suis inquiet. J’ai le dos qui tire quand je suis stressé depuis longtemps.
  • Se questionner :
    • Quand est-ce que mon symptôme apparaît?
    • Qu’est-ce que je vis en ce moment?
    • Quels sont mes stresseurs ces temps-ci?
    • Qu’est-ce qui me préoccupe?

Quand une émotion est mieux comprise, le corps peut enfin relâcher la tension.

APAISER LE CORPS

Respirations lentes et profondes, méditation, relaxation et yoga sont quelques exemples de techniques qui agissent directement sur le système nerveux et apaisent le corps. Un corps détendu, moins sous tension, peut aider à la récupération et à la guérison.

METTRE LE CORPS EN MOUVEMENT

Incorporons au quotidien des activités physiques simples, comme la marche, des étirements, le sport ou les exercices doux, des mouvements de danse improvisés dans le salon ou de la baignade, bref, ce qui nous est accessible et nous fait du bien!

En plus de relâcher les tensions et d’être mieux dans son corps, le mouvement a un impact positif sur le bien-être psychologique et l’humeur.

REFAIRE LE PLEIN D’ÉNERGIE

Comme la régulation de nos émotions puise dans les réserves d’énergie, il importe de pouvoir les recharger. Pour ce faire, on peut s’accorder des pauses, lire, jouer d’un instrument, appeler un ami, écouter de la musique, rire, chanter à tue-tête dans la voiture, ou faire n’importe quelle activité qui nous apaise et nous nourrit. Un réservoir rempli nous fournit des ressources supplémentaires pour faire face aux demandes émotionnelles du quotidien.

Le corps s’adapte à ce que l’esprit n’arrive pas à contenir. Plutôt que de le critiquer durement, mieux vaut écouter ce qu’il tente d’exprimer pour travailler avec lui à se comprendre davantage et s’ajuster pour la suite. C’est un allié précieux pour prendre des décisions éclairées, laisser aller des activités énergivores qui ne s’avèrent plus nourrissantes, et savoir dans quoi investir afin de s’épanouir et se sentir bien.

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