Cinq livres pour perdre le Nord - Strøm Spa Nordique – Île-des-Soeurs, Mont-Saint-Hilaire, Sherbrooke, Vieux-QuébecStrøm Spa Nordique – Île-des-Soeurs, Mont-Saint-Hilaire, Sherbrooke, Vieux-Québec

Cinq livres pour perdre le Nord

Nicolas Gendron

L’hiver et le froid habitent l’imaginaire dès lors qu’on grandit en sol québécois ou en terre boréale. Et les auteurs ne se laissent pas prier pour concevoir leur propre Plan Nord. Incursion revigorante en contrées méconnues.

Opération Napoléon, de Arnaldur Indridason (Éditions Métailié, 2015)

Surtout connu pour les enquêtes du commissaire Erlendur Sveinsson (La femme en vert, Le lagon noir), celui qu’on surnomme « le maître du polar islandais » a aussi à son actif quelques romans hors-séries, dont cet Opération Napoléon, paru en 1999 mais traduit en français pour la première fois en 2015. La Seconde Guerre mondiale tire à sa fin quand un bombardier aux couleurs nazies disparaît sur le Vatnajökull, un immense glacier qui représente 8 % du territoire islandais. Un demi-siècle plus tard, l’avion resurgit sur les écrans radars. L’armée américaine fera alors tout en son pouvoir – et Dieu sait qu’elle a le bras long – pour anéantir sa cargaison. Pour lui barrer la route, une avocate de Reykjavik à l’instinct maternel surdéveloppé. Une intrigue parfois rocambolesque, qui hante néanmoins l’esprit en posant une question lancinante : qui donc écrit l’Histoire ? Les vainqueurs, les dictateurs, voire Neil Armstrong ?

 

Nirliit, de Juliana Léveillé-Trudel (La Peuplade, 2015)

Ayant mis sur pied un camp de jour pour enfants au Nunavik, qu’elle anime depuis quelques étés telle une oie fidèle à ses premières escales, Juliana Léveillé-Trudel accouche d’un premier roman impressionniste, bâti sur des fragments de vie aussi beaux que douloureux. Raconté en deux volets et du point de vue de l’auteure, Nirliit évoque d’abord le sort d’Eva, disparue sans laisser de traces, sans doute dans les eaux du fjord, puis celui de son fils Elijah, tout jeune papa, qui entend encore chaque printemps « la voix de [sa] mère crier plus fort que le fracas des glaces ». Et à travers eux, dans ce village de Salluit situé au 62e parallèle, on découvre une galerie de personnages complexes et d’autant plus attachants, entre les « nous autres » et les « vous autres », pour qui « les au revoir sont souvent des adieux déguisés ». Une complainte amoureuse pour le Nord et les Inuits qui lui donnent son âme fière et rugueuse.

 

Norge, de Kevin McCoy (L’instant même, collection « L’instant scène », 2016)

Norge signifie « le chemin vers le Nord » en langue norvégienne, en plus de donner son nom au pays qui a vu naître la grand-mère de Kevin McCoy, un homme de théâtre de Chicago venu s’installer à Québec par amour, en 1996. De ce riche parcours, l’auteur tire une pièce solaire, créée au Théâtre du Trident au printemps 2015, et qui se lit comme un carnet de voyage, doublé d’une quête des origines fort touchante. Traçant des parallèles entre la terre de ses ancêtres, où l’hiver est dominé par une noirceur totale, et sa terre d’accueil québécoise, où « la neige est un état d’âme » – jusqu’à citer du Nelligan en norvégien –, McCoy sonde son passé avec humour et finesse. Au cours de son pèlerinage entre Chicago, Québec et Oslo, il convie au passage certains de ses compatriotes les plus fameux (Grieg le musicien, Munch le peintre et Ibsen le dramaturge). Le tout se lit comme un doux vertige.

 

Traité des peaux, de Catherine Harton (Éditions Marchand de feuilles, 2015)

Finaliste aux Prix littéraires du Gouverneur général, en 2015, ce recueil de nouvelles déploie son pouvoir d’évocation au gré « des parfums d’épinettes, de bouleaux blancs et d’humus ». Catherine Harton nous propose une véritable immersion en trois territoires distincts : le Groenland, le Nunavik et le Québec. La nature y est omniprésente, grâce à des récits de chasse et de pêche, à des chiens-tempêtes et à un ours qui rôde, avec en son centre cet Homme qui la domine, l’épouse ou la craint. L’auteure s’abreuve autant à la source des légendes qu’aux drames réels qui touchent les communautés autochtones, du pillage de leurs ressources au spectre des femmes disparues. Et le salut de l’âme – et de l’être humain – prend la forme qu’il peut : un dessin d’enfant, une peau de phoque, l’hiver, ou la silhouette des baleines, ces « doigts de la mer ». On y gratte nos préjugés et, surtout, on y humanise le lointain.

 

La lune est blanche, de François et Emmanuel Lepage (Futuropolis, 2014)

Allez, on triche un peu, car quoi de plus nordique que… le pôle Sud ! Connu entre autres pour ses bédés reportages Les fleurs de Tchernobyl et Voyage aux îles de la Désolation, le dessinateur Emmanuel Lepage recrute son frère François, photographe de métier, pour une aventure des plus uniques sur le sixième continent, l’Antarctique. Par leur œil avisé et leur sens aiguisé de la fraternité – entendre ici aussi communauté –, ils remontent aux origines de la conquête de cette « ultime zone blanche », aux 19e et 20e siècles, puis font exister sur papier toute la faune passionnée des bases de l’Institut polaire français, des biologistes aux météorologues, en passant par les mécaniciens. Ils découvrent du même coup, entre rêves déçus et apprentissage à la dure, que l’Antarctique, ça se mérite ! Un ouvrage idéal pour les férus d’expéditions et de vulgarisation scientifiques, avec en prime des paysages envoûtants.

par Nicolas Gendron

VOUS AIMERIEZ AUSSI CES ARTICLES

La parfaite routine pour surmonter l’hiver

Des plantes pour bien traverser l’hiver

Le temps de se retrouver



Tous droits réservés © 2018 Strøm spa nordique

Facebook Twitter